Marc Ristori: «Ce film, c’est juste ma vie, l’histoire de ma renaissance» Paru le 10 aout 2009 sur 24heures.ch (Suisse) Source : http://www.24heures.ch/sports/actu/marc-ristori-film-juste-ma-vie-histoire-ma-renaissance-2009-08-09 L’ancien champion de motocross, paraplégique depuis 2007, se bat pour retrouver l’usage de ses jambes. Il est l’un des invités d’honneur du Festival du film des Diablerets. Karim Di Matteo | 10.08.2009 | 00:01 Le risque dans les sports extrêmes. Jean-Philippe Rapp, directeur du festival ormonan, en a fait le thème du premier week-end de cette édition 2009 (qui se poursuit jusqu’à samedi, www.fifad.ch ) avec une soirée d’hier dédiée au champion genevois. L’occasion pour ce dernier d’évoquer ses nouveaux défis et le film sur sa renaissance, en cours de tournage. – Depuis votre accident, comment appréhendez-vous le risque dans le sport?
– Toujours pareil. Je pense que chaque individu voit le risque de manière différente et chacun se met ses propres limites. Et je pense que tu peux maîtriser un maximum d’éléments, mais y a toujours une part de risque, tu ne peux jamais tout maîtriser à 100%. T’es attiré par une part d’inconnu, par la prise de risque. – Parce que toi vous prenez encore des risques dans les sports que vous pratiquez?
– Oui. Je pense qu’on prend des risques tous les jours, mais sans vraiment le savoir. Et le fait d’avoir eu l’accident m’a fait prendre conscience de ça. Je ne me pose pas la question aujourd’hui de ce qui peut m’arriver demain. Je me suis trouvé paraplégique ce jour-là, mais j’aurais pu me retrouver paraplégique plusieurs fois avant. – Vous faites de la sensibilisation autour de ton expérience. Que leur dites-vous aux jeunes à propos du risque?
– De prendre un maximum de précautions. Mais je les incite à faire ce qu’ils aiment. Et dans les sports extrêmes, il y a des choses que tu ne peux pas maîtriser. – Quels sports pratiquez-vous maintenant?
– D’extrême, parapente, voltige, saut en parachute. Sinon, je reste sur terre. Du Quad. Moi j’ai besoin de retrouver ce que j’ai fait toute ma vie. J’ai commencé la moto à 7 ans jusqu’à 25 ans et puis en une seconde, tout est fini. Mais je serai toujours à la recherche de cette sensation que j’ai connue. C’est pour ça que je suis attiré par tout autre sport, continuellement à la recherche de ce que j’ai connu. – Et la montagne?
– Pour l’instant non, mais je suis en contact avec Jean-Yves Michellod (ndlr, freerider paraplégique) pour commencer le «skibob», je devrais en faire cet hiver avec lui. Je n’ai jamais vraiment pratiqué les sports d’hiver. Quand tu fais de la moto, que t’es sous contrat, c’est presque interdit, parce qu’il y a des risques de blessure. – Le Festival du film des Diablerets vous organise une fête, qu’est-ce que ça vous évoque?
– Je le vis un peu comme une reconnaissance quelque part. Surtout au vu du peu de reconnaissance que j’ai eue quand je faisais de la moto. On parle beaucoup plus de ma carrière d’athlète aujourd’hui. C’est pas qu’on a besoin d’être starifié, mais de voir les autres dans les autres pays être reconnu par rapport à leurs résultats, c’est vrai qu’en Suisse, pour les mêmes résultats, ben tu es ignoré. Je trouve cool que les gens aient conscience que malgré mon accident, j’avance quand même, qu’ils soient réceptifs par rapport à ça. Les gens viennent vers toi et te disent que t’es une source de motivation pour eux. Je n’ai pas besoin de cette reconnaissance, mais ça fait plaisir de voir que ça aide les autres, tout simplement. Les jeunes et moins jeunes. – Une sorte d’exemple en quelque sorte, une note d’espoir?
– Oui, voilà. Sans être le porte-parole de quoi que ce soit. Moi je fais mon truc, tout simplement, et ça fait plaisir que certains trouvent ça positif. – Un peu comme dans le film « 8+2=82 », consacré à votre reconstruction?
– Oui. Il part du centre de rééducation où je me suis retrouvé après mon accident. Et là est arrivé un jeune, Kilian Genoud, un de mes fans, et nous avons suivi la rééducation ensemble. Ensuite, je rentre à la maison, retrouve un appartement adapté, me réinsère dans la société. Ce film, c’est juste ma vie après l’accident. C’est comme je suis, avec le bon, le moins bon, les joies, les coups de gueule. Sans vouloir donner de leçon à personne. C’est la façon dont je refais ma vie, un peu ma renaissance. Je donne mon programme et le réalisateur me dit ce qui serait porteur et ce qui ne le serait pas. Je ne sais pas ce qu’il en sortira, je fais confiance au réalisateur. Mais ce ne sera de toute façon pas un message de «misérabilisme», sur la paraplégie, la mort, etc. On en est à un peu plus d’un an de tournage et la sortie est prévue pour début 2010. – Votre «renaissance», vous la vivez à travers le sport.
– Oui. Parce que le sport, c’est ma vie. Même si cette vie-là s’est arrêtée d’une seconde à l’autre, le sport reste un besoin, un besoin vital. – Et quels sont vos nouveaux objectifs sportifs?
– Je me suis rendu compte que j’avais besoin de défis. J’ai toujours besoin d’aller au bout de moi-même. Aujourd’hui, je ne me vois pas me contenter, en étant compétiteur, de faire pour faire. Et sans parler de résultat, je veux aller le plus loin possible. J’aimerais bien participer aux Paralympiques dans des sports comme le handibike ou le marathon. Ce serait un magnifique aboutissement d’arriver jusque-là. – On dirait que vous n’envisagez le sport que sous l’angle compétition.
– Disons sous l’angle du dépassement de soi. Quand tu gagnes des compétitions de haut niveau, tu ressens un truc à ce moment-là, un sentiment de satisfaction assez unique, d’avoir été au bout de toi et d’avoir réussi. Et comme j’ai ressenti cette sensation et que ça s’est arrêté du jour au lendemain, mon objectif c’est de retrouver cette sensation, la satisfaction d’avoir fait quelque chose d’unique et que pour toi. A 27 ans, je pense que j’ai les années devant moi pour me lancer dans un défi physique. Un besoin et une envie de le faire. – Et mis à part le sport, quels sont vos autres objectifs?
– Au niveau business, ce serait apporter aux jeunes sportifs ce que je n’ai pas eu, faire profiter de mon expérience. Je vais commencer des études en octobre dans le management. En parallèle, j’aimerais travailler avec des athlètes en devenir ou confirmés. – Vous dites régulièrement que vous ne perdez pas l’espoir de marcher.
– Pour moi, ça va de soi, même si ça peut paraître prétentieux. Je suis dans une chaise roulante, j’arrive à être heureux dans ma nouvelle vie, mais je préserve mon corps pour remarcher. J’ai eu l’impression que les gens ne comprenaient pas ma façon de penser et c’est en discutant avec d’autres athlètes de haut niveau que j’ai vu que d’autres avaient la même vision de la chose et c’est rassurant. Parce que si un jour un médecin me dit « tu aurais dû faire telle chose avant, parce qu’on a trouvé une possibilité de te faire remarcher, mais tu n’as pas fait ce qu’il fallait », ça serait un échec que je ne pourrais pas supporter. L’impression d’avoir abdiqué, baissé les bras. Peu importe ce que les gens pensent, ce que les médecins disent, je ne lâcherai jamais l’affaire, c’est comme ça. Mais ça ne m’empêche pas de vivre. Certains me disent que tant que tu ne fais pas le deuil de tes jambes, tu ne peux pas avancer. Je pense que c’est une grosse connerie, en tout cas pour moi. Pour moi, il n’y a pas d’autre issue que de me relever. |